Et Plus Encore

Plus Loin autour, ou non, du relationnel

Voilà, on retrouvera d’abord ci-dessous un rapport de stage d’une amie aide-soignante, Sophie Durand. Ensuite j’y mettrai d’autres écrits qui ont leur place ici, pour plein de raisons.

Relation Communication Formation Aide Soignante

MODULE 5 Relation Communication Formation Aide Soignante. Promotion Nantes 2011/2012, par Sophie Durand

QUI ES-TU, TOI ? INTRODUCTION Dans le cadre de ma formation d’aide soignante au sein de l’Institut de Formation des Métiers d’Aide, je suis amenée à effectuer des stages dans différents services (médecine, chirurgie..). De formation administrative, le milieu médical et paramédical du côté soignant m’est totalement inconnu. Mon premier stage est donc une prise de contact, une première approche qui va me permettre d’appliquer la théorie, et de me confronter à une nouvelle réalité professionnelle qui sera mienne par la suite. Les stages ont un rôle essentiel dans l’intégration et le réflexe du geste professionnel. Ils permettent également de trouver sa propre authenticité en tant que futur professionnel soignant. Ce premier stage intervient dans la continuité de cinq semaines de théories sur les concepts et bases du fondement de ce nouveau métier. L’intégration de la communication, l’accueil, le non-jugement, l’acceptation de l’autre…, que ce soit envers les soignants ou avec les patients est donc très importante. Je vais vous parler d’une situation vécue lors de ce stage. D’une part, je vais vous décrire cette situation. Je vous expose ensuite mon ressenti face à celle-ci, ou j’en dégage des éléments qui me questionnent et me permettent d’analyser, de poser et proposer un autre regard sur l’approche de cette première expérience parmi mes nouveaux pairs.

DESCRIPTION DU RECUEIL DE LA SITUATION Au cours de ma formation je dois effectuer plusieurs stages. Le premier se déroule durant quatre semaines dans un service de chirurgie dépendant du CHU, au sein d’un unité de transplantation. Au cours de la première semaine je fais la connaissance du personnel et des patients. Je découvre le fonctionnement du service, le planning, et un « Jargon »( 1) professionnel utilisant des abréviations inconnues pour moi. Je dois absorber un flux d’informations, découvrir des pathologies que je ne connaissais pas, des techniques de soins en réelles et différentes façons de les faire. Selon mes horaires j’assiste aux transmissions (2) qui se déroulent dans la salle des soins, le matin dès 6 h 45, ou en début d’après-midi à 13 h 45. C’est au cours de celles-ci qu’à plusieurs reprises, je suis étonnée par des « commentaires » entendus concernant certains patients. 17 octobre , premier jour de stage il est 13 h 4 environ, je suis en présence des deux infirmières et des deux aides soignantes du matin, ainsi que deux infirmières et deux aides soignantes du soir. Je découvre alors ce que sont les transmissions. Les infirmières du matin relatent à l’équipe du soir « l’histoire du patient, ses antécédents médicaux, chirurgicaux, les faits de la nuit passée, de la matinée, les interventions et action effectuées auprès de ces derniers, ainsi que les examens passés ou à venir… etc ». De leur côté, les aides soignantes rapportent oralement les faits constatés lors de leur service. J’apprends qu’il n’y a que six patients sur les dix lits de l’unité. Commence alors l’énumération de chaque patient… Sur les sic, seule une jeune fille Mademoiselle D est au trois quart autonome, les autres le sont entièrement. Arrive le tour de Mademoiselle D. qui a subi une greffe de cœur en urgence suite à une intervention prévue et qui s’est mal déroulée. « T’inquiète pas c’est une gentille fille, pas facile pour elle avec tout ce qui lui est arrivé… Tu vas quand même être surprise, elle est tout menue et poilue comme un mec, voire un singe ! » me dit une des aides soignantes. Après décision collégiale l’équipe souhaite que je m’occupe de cette dernière : c’est mon premier patient. Vient le tour de Monsieur T 36 ans arrivé dans le service depuis un peu plus de trois mois en attente d’une greffe de cœur. Une aide soignante me le décrit alors à voix basse : « alors lui c’est un illuminé qui parle à ses anticorps… Il se croit supérieure à tout le monde, c’est tout juste s’il nous apprendrait pas notre métier…. Si j’avais le choix je ne le mettrai même pas en liste d’attente pour une greffe au vu de ce qu’il s’est fait il ne le mérite pas. A se demander ce qu’il se fera lorsqu’il aura un nouveau cœur… ! »

Deuxième semaine, lundi 24 octobre, l’infirmière de nuit lors des transmissions signale qu’il y a eu une « remontée » dans l’après-midi du vendredi 21 : une dame de 53 ans, greffée du cœur suite à une amylose héréditaire (3). Il est environ 7 h 00 lorsque j’entends une aide soignante, présente lors de l’arrivée de cette dame, me dire : « tu vas voir, elle n’a pas l’air simple celle-là, plutôt du genre bêcheuse mais alors… ! en arrivant dans le service en fauteuil, jl’ui parle, elle répond même pas, genre rien à faire, avec son portable dans les mains à « textoter »… ! » On me propose alors de prendre en charge cette nouvelle patiente, qui perfusée et « scopée » (4) a besoin que d’une aide partielle, car elle s’est vite « remise » de son opération.

Quatrième semaine et dernier jour de stage. Mercredi 9 novembre, 6 h 45, toujours comme à chaque transmission : l’infirmière de nuit et son binôme aide soignante, les infirmières, les aides soignantes du matin et moi-même sommes dans la salle de soins. Transmissions faites pour chaque patient tel un rituel bien déterminé…. Arrive le tour de Monsieur V 38 ans, greffé des poumons et admis dans le service suite à un contrôle en hôpital de jour, ou il a été constaté une baisse significative de ses « EFR » (5). Il présente également d’importants oedèmes au niveau des membres inférieurs et supérieurs, et une insuffisance rénale. Soudain une aide soignante sort à haute voix : « haaa nooon, pas lui ! il est revenu ce râleur. Il va encore nous faire « chieré à lui laver le « cul » après chaque selle !!!! il est vraiment pas aimable ce type…. Pffff… !! » M. V est déjà connu du service, il y est passé avant et après sa greffe. Une autre aide soignante porte son regard vers moi et dit : « dommage que tu ais fini ton stage, c’est le genre de truc qu’on laisse et délègue au stagiaire pour se faire la main… ». (Rire général !).

RETOUR D’EXPERIENCE ET RESSENTI Oyez ! Oyez ! Braves gens…. N’hésitez pas à entrer sous le chapiteau ! Venez découvrir la femme barbue…. Et cet homme l’illuminé qui parle à ses anticorps… !! Sans oublier la bêcheuse et le râleur… !!! Cette jeune femme « poilue comme un mec, voire un singe », je l’imagine mi-homme, mi-singe, mais à quoi ressemble t’elle exactement ? « L’illuminé », lui, il est en lévitation et en plein soliloque (6) à propos de ses anticorps, une auréole autour de lui…. Cette femme qui « n’a pas l’air simple…. Plutôt du genre bêcheuse », et cet homme « le râleur… pas aimable », comment dois-je comporter avec ces patients lorsque je vais les découvrir ? Mais qui sont-ils ? Pouvoir dire ce que je vis pour chacune des premières rencontres. Ce que j’éprouve au moment de pénétrer dans leur chambre : une tension, un malaise, une boule au ventre, je n’ai qu’une envie : fuir…. Cette façon du « dire du patient » me dérange. Je suis novice et très intéressée. J’observe, j’écoute, je questionne, je me pose des questions. Je m’implique et j’essaye de faire pour le mieux. Mais je ne me sens pas à l’aise. Je suis mal encadrée tout au long de ce stage. Je n’arrive pas à me situer. Je ne sais pas avec qui en parler. Je suis choquée de cette manière de présenter des êtres humains en état de souffrance, avec de tels propos, de telles remarques d’irrespect, de mépris, de dénigrement, et de rabaissement. Et qui suis-je ? Parle-t-on ainsi de moi ? Je m’interroge sur mon comportement. D’habitude je n’ai pas ma langue dans ma poche et me permets de dire ce que je ressens. Mais là, à aucun moment entre les commentaires sur les patients, et le « dommage que tu ais fini ton stage, c’est le genre de truc qu’on laisse et délègue au stagiaire pour se faire la main… », je n’ose dire ouvertement que je n’adhère pas à ce genre d’attitudes et de propos. Pourtant par mon silence, j’ai le sentiment d’y collaborer ; je pense et attends avant tout au retour de la fiche d’évaluation de ce stage qui est noté ! Cinq semaines de cours théoriques avant mon premier stage ! Cinq semaines où formateurs, intervenants, recueil de formation et diverses chartes concernant le métier d’aide soignant insistent sur le respect, l’écoute, le non –jugement, la relation, la communication…. Pour en arriver à entendre de telles calembredaines (7) de la part de professionnels qui sont censés avoir suivi cette même formation validée par un diplôme d’état. Tout cela me pose question.

QUESTIONNEMENT Le respect de la personne, le non-jugement sont des principes et concepts étudiés dès le module un de la formation. Je me pose la question ? Que sont devenues les connaissances fondamentales, liées au métier d’aide soignant, et de ces auteurs d’incongruités… « L’homme est un animal social qui vit en tribus. Cette vie en groupe va de pair avec une organisation sociale plus ou moins hiérarchique. La société hiérarchique est basée sur les rapports de force, le plus fort devenant naturellement le chef » (8) ! Celui qui juge ne permet-il pas trop facilement de se sentir supérieur ? Une attitude respectueuse, sans moqueries, sans critiques et ni jugements d’un professionnel, n’est-elle pas la qualité majeure associée à la qualité de soins ? le non-jugement n’apporte-t-il pas le respect ? Et n’est-il pas une des qualités essentielles pour établir un climat de confiance dans la relation soignant/soigné et ou soignant/soignant ? De toutes ces interrogations, j’en retire deux éléments : les effets du jugment et/ou non-jugement, ainsi que l’importance de l’attitude et de l’encadrement d’un professionnel vis-à-vis d’un stagiaire.

ANALYSE DE LA SITUATION Rappelez-vous de Mademoiselle D., cette jeune femme poilue comme on a pu en exhiber dans les cirques ambulants du siècle dernier…. A la lecture de son dossier j’apprends que son hirsutisme (9) provient des effets secondaires d’un antirejet contenant de la ciclosporine (10). Elle est effectivement velue, mais l’arrêt de la ciclosporine contribue à la diminution de son hirsutisme. Au fur et à mesure de ses épilations et ses décolorations, elle retrouve son aspect. Dans le dossier de Monsieur T. il est annoté qu’il a fait une tentative de suicide à l’adolescence, qu’il était toxicomane et qu’il s’est tiré une balle dans le cœur…. Quelques jours après notre première rencontre, Monsieur T. m’explique que ses soliloques à propos de ses anticorps sont pour lui une thérapie et un moyen de se retrouver, d’avancer et d’espérer. La « bêcheuse », deuxième patiente qui m’est « attribuée », et surtout qu’il parait « qu’elle n’a pas l’air simple ». Madame S. se révèle être une femme très joviale, gentille et qui accepte d’être mon « cobaye » pour ma mise en situation professionnelle (MSP). A ce sujet, le jour de ma MSP j’apprends par l’équipe de nuit qu’elle a demandé à être réveillée tôt pour être prête pour la « jeune » stagiaire, et tien à « bien faire » pour que je ne sois pas pénalisée. Elle semle d’ailleurs beaucoup plus stressée que moi. Le « râleur »… !! « haaa nooon, pas lui ! il est revenu ce râleur, il va encore nous faire « chier » à lui laver le « cul » après chaque selle !!! Il est vraiment pas aimable ce type… Pffff… !! ». Le dernier jour de mon stage, avant la fin de mon service, je réponds à la sonnette de Monsieur V. Celui-ci est assis sur le rehausseur des toilettes. Il a des difficultés de mobilisations. Son bras droit est perfusé. Il est dans l’impossibilité de se lever sans aide, ses pieds et le pied de perfusion sont emmêlés dans ses tubulures. Il râle …., mais de douleur car il a essayé de se lever seul pour ne pas « déranger ». Il me demande de lui « raffraichir » le siège, il sent bien qu’il est mal essuyé. Gêné il m’explique qu’il n’y arrive pas du bras gauche. Il est droitier !

LE JUGEMENT ET LE NON-JUGEMENT Des commentaires tels que j’ai pu les entendre pendant mon stage sont innombrables dans la vie. Il semble presque impossible de s’interdire tout jugement « le jugement est une façon de voir les « choses » particulière à quelqu’un (11) », cela devient presque un réflexe. Depuis le temps des temps, l’homme ressent le besoin de juger, d’émettre des jugements. Dans l’Evangile, Jésus dit : « ne jugez pas » mais il dit aussi « Asseyez-vous, regardez, écoutez… » c’est une invitation à faire le silence en nous, pour nous rendre disponible aux autres, c’est cela le non-jugement. Je prends un exemple, premier coup d’œil, premier jugement hâtif : qui n’a jamais dit d’une personne que l’on connaît à peine « tiens celle-là, du faire de son expérience et de son passé, elle peut faire mieux que les autres… ! » Là c’est une première opinion, un préjugé : on attend plus de cette personne. Les préjugés sont souvent sources d’erreurs. Je continue sur mon exemple. En apprenant à mieux connaitre cette personne, on peut constater qu’en finale elle n’y arrive pas mieux que les autres… et se dire « mais quelle idiote en fait… ! » Dans la formation et le futur métier d’aide soignant que j’ai choisi on nous martèle de ne pas juger, d’être dans le non-jugement, dans le respect et l’écoute (12) :

• Les métiers d’aide ont pour rôle envers tout individu, le respect de la personne, de sa dignité, de ses valeurs et de ses croyances. •Pyramide d’Abraham Maslow (14), dans les besoins secondaires du « être » : le besoin d’estime, l’estime de soi, des autres, du respect… •La relation d’aide selon Carl Rogers (14) : rencontre de deux personnes ou d’un groupe qui favorise l’aide et le soutien dans le respect des trois dimensions de l’être humain, biologique, psychologique et spirituel. •Livret de recueil des principaux textes relatifs à la formation conduisant au diplôme d’état page54, 3ème paragraphe : Travaillant le plus souvent…. Ces soins ont pour objet de promouvoir, protéger, maintenir et restaurer la santé et la personne, dans le respect de ses droits et de sa dignité. •Charte du patient hospitalisé, livret d’accueil du patient du CHU, page 59 : article 8 : la personne hospitalisée est traitée avec égards, ses croyances sont respectées, son intimité est préservée ainsi que sa tranquillité.

Le fait de juger quelqu’un, c’est autant l’admirer que le mépriser. C’est le stigmatiser, ce qui revient à le comparer, le marquer, le ranger dans une case. Ce qui donne une impression de maîtrise et de supériorité. Erving goffman (15) décrit cette impression dans son livre « Stigmate, les usages sociaux des handicaps » : le point commun de toutes les stigmatisations ? « Marquer une différence et assigner une place : une différence entre ceux qui se disent « normaux » et les hommes qui ne le sont pas tout à fait (ou, plus exactement les anormaux qui ne sont pas tout à fait des hommes) ; une place dans un jeu qui, mené selon les règles, permet aux un de se sentir à bon compte supérieurs devant le Noir, virils devant l’homosexuel, etc… et donne aux autres l’assurance, fragile, qu’a tout le moins on ne les lynchera pas, et aussi l’espoir tranquillisant que, peut-être, un jour, ils passeront de l’autre côté de la barrière ». Cette attitude amène à scléroser notre pensée et de ce fait bloque et biaise les rapports que l’on peut avoir avec autrui. Le jugement amène à l’impossibilité d’écouter. Ne pas juger, c’est accepter la personne telle qu’elle avec ses doutes, ses craintes, ses forces, ses valeurs, ses croyances… elle dans toute sa globalité. Le non-jugement pour un métier de soignant est une qualité essentielle dans une relation thérapeutique. Il instaure une écoute, une acceptation, un climat de confiance. Le soin envers le patient n’en sera que meilleur.

Citations : « J’ai personnellement plus de plaisir à comprendre les hommes qu’à les juger. » Stefan Zweig « On peut juger de la grandeur d’une nation par la façon dont les animaux y sont traités » Indira Gandhi « Pour juger le monde, il faut le voir de loin et l’avoir beaucoup vu de près » La Rochefoucauld

L’ACCUEIL ET L’ENCADREMENT DU STAGIAIRE (DE L’APPRENANT) AU SEIN D’UNE ÉQUIPE PLURIDISCIPLINAIRE La formation d’aide soignant passe inéluctablement par des stages sur le « terrain ». La formation est un processus qui amène à l’apparition de quelque chose qui n’existe pas auparavant. Ces stages « occupent (donc) une place essentielle dans les formations en alternance. C’est un lieu d’apprentissage, et de développement des compétences et de professionnalisation grâce à la pratique » (16). Ils permettent de mettre en application les cours dispensés au sein de l’école, et développent chez le futur professionnel une qualité d’échanges relationnels avec les soignés, les familles, et les membres de l’équipe. Ils doivent également permettre d’acquérir certains gestes professionnels, aptitudes, réflexes, et un potentiel technique de soin dans le but d’obtenir de meilleures compétences. Ce qui peut être impossible si une équipe part du principe que « c’est le genre de truc qu’on laisse et délègue au stagiaire pour se faire la main… » ! Je prends en exemple le service ou j’effectue mon premier stage, l’accueil et l’encadrement ; « action pédagogique visant à organiser les conditions d’accueil en stage, à diriger et à accompagner un stagiaire afin d’assurer aux mieux l’apprentissage de sa future fonction. Cet encadrement est effectué conjointement par le personnel soignant et enseignant » (17) ; du stagiaire sont mal maîtrisés, soit par manque de formation du personnel titulaire et/ou du personnel. Ce n’est en aucun cas un jugement négatif, simplement un constat. Pourtant, il me semble qu’ils sont primordiaux, tant pour la qualité du stage à effectuer que pour la sécurité des patients. Ces points semblent poser de nombreuses difficultés. L’accueil est très important, il aide le stagiaire à se situer dans l’équipe et permet au personnel soignant d’identifier de façon correcte les besoins de celui-ci. Je reprends mon cas pour exemple. « Le livret accueil stagiaire soin » édité par le chu précise page 25, principe N° 2 : « l’étudiant, acteur de sa formation, participe à son accueil. Avant son arrivée en stage, l’étudiant prend connaissance du livret d’accueil des stagiaires, du document « ressources des services pour une aide aux stagiaires » de l’unité de soin qui va l’accueillir ainsi que la fiche d’identité de terrain de stage de la formation qui le concerne, dans le but d’élaborer des objectifs de stage pertinents. Il contacte le Maître de stage dans les 15 jours qui précèdent le stage. » Personnellement ce livret d’accueil ne m’est remis à aucun moment. La fiche de présentation du service à disposition au sein de l’institut de formation n’est pas à jour. Il est également difficile de joindre le cadre de service par téléphone, et lorsque celui-ci est joignable, il n’a pas le temps de me recevoir. Je n’obtiens que l’heure d’arrivée du premier jour de mon stage. La présentation du service, du personnel, mon planning... dure à peine 10 minutes, et ce, entrecoupé d’appels téléphoniques, et de passages de personnes. Mes objectifs pédagogiques sont bien punaisés sur un tableau, mais ne sont consultés ni par mes « tutrices » désignées par le cadre de service, ni par l’équipe en générale. Ce qui freine déjà mon intégration dans le service. « Le tuteur représente la fonction pédagogique du stage. Il est volontaire pour exercer cette fonction,… il a développé des capacités ou des compétences spécifiques et de l’intérêt pour l’encadrement d’étudiants… »(18) . Le tuteur doit normalement s’informer des objectifs pédagogiques de l’institut de formation duquel dépend le stagiaire, des modalités de l’encadrement et des critères d’évaluation inscrits dans le livret bleu (19) présenté lors de l’arrivée du stagiaire dans le service. La fonction tutorielle a pour but de guider, de conseiller, de transmettre le savoir. Elle a aussi une fonction de socialisation et d’insertion « par le partage d’un langage commun, de savoir-faire « métier », d’attitudes et de postures professionnelles ». Et aussi une fonction d’évaluation, qui permet au stagiaire de se positionner dans la progression (20). Personnellement je suis consciente de mes lacunes. J’ai beaucoup à apprendre, non seulement par manque de connaissances (tous les modules ne sont pas abordés), mais aussi par manque de pratique. Il convient donc qu’avant de me confier une tâche, un soin, que mes tutrices s’assurent du niveau de mes compétences en tant qu’apprenante et vérifient si je maitrise la technique lorsque le geste de soin est réalisé pour la première fois. Mais je croise à peine ces dernières au cours de mon stage pour causes : de congés, de récupérations, de roulements différents dans le planning. Ne pouvant exercer seule, je suis « suivie », mais non encadrée par d’autres aides soignantes du service. Celles-ci ne se considèrent ni tutrices, ni référentes. Une se dit trop novice pour m’encadrer « je ne préfère pas te suivre car si tu fais des erreurs on pourra dire que cela vient de moi… ». Une autre plus ancienne ne veut pas « s’embêter » avec des stagiaires. D’autres ne sont que « suppléantes ». Certaines veulent bien me « montrer » mais disent « je te fais voir comment moi je fais, mais surtout ne fais pas comme moi pour ta MSP, je n’ai pas le temps… ! Plus tard tu verras toi aussi tu n’auras pas le temps d’appliquer les règles d’école… ! » Ou encore : « alors fais-moi voir comment tu fais…. ». On me regarde, on me laisse faire, en me faisant des remarques très « édulcorées »… sans pour autant répondre à mes questions, ou me montrer le bon geste professionnel. N’est-ce pas Marie Curie qui dit : « dans la vie rien est à craindre tout est à comprendre »… « On ignore toujours ou l’on va quand on se lève pour partir » (21). Plus ou moins « livrée à moi-même alors que la formation pratique doit être quasi permanente et suivie au « quotidien » par le tuteur ou une personne désignée… Il existe une permanente non disponibilité de l’équipe et je me retrouver dans une situation qui freine mon apprentissage. Il plane cette sorte d’autorité « qui est un pouvoir que l’on accepte et devant lequel on s’incline, parce qu’on le considère comme légitime », d’influence « qui est une emprise exercée sur autrui par effet de conformisme, volonté de différentiation, séduction, confiance… », et de domination « qui est une forme de pouvoir sans réciprocité qui inclut, quant à elle une idée de contrainte » (22)de la part de l’équipe soignante : le stagiaire doit effectuer tout ce qu’on lui demande… point ! Roger Mucchieli (23) écrit bien « dès que s’engage le processus de structuration spontanée d’un groupe, apparaît une fonction collective qui est un pouvoir de régulation de contrôle des conduites » (24) On ne peut apprendre n’importe quoi, n’importe comment. Le stage est utile et formateur que s’il est bien organisé au sein d’une équipe dont les pratiques de travail répondent à des critères rigoureux de qualité. Selon la définition du dictionnaire des soins infirmiers (25) « l’apprentissage est donc un processus qui doit permettre d’acquérir les connaissances et les comportements préparant à l’exercice d’une profession ». Les équipes qui accueillent des stagiaires en permanence se doivent d’intégrer dans leurs pratiques non seulement les progrès technologiques, mais également organisationnels et relationnels…. Le bilan de mi-stage est escamoté par manque de temps, et non évaluable par manque de suivi du tuteur ou autre pair. Il a quand même pour but de savoir si l’intégration, la reproduction, la spontanéité des gestes professionnels (même personnalisés car nous sommes tous différents) sont acquis ou en cours d’acquisition. Je constate également que la fonction de transmissions écrites est très peu mise en pratique par les aides soignantes, qui utilisent de préférence la méthode orale. Ce bilan permet de définir les réajustements d’apprentissage du stagiaire. En fin de stage le tuteur peut alors évaluer en toutes connaissances de causes les compétences acquises ou non. Quoi de plus valorisant que de participer à la progression, à l’évolution d’un stagiaire par ses pairs. Ces derniers ont la satisfaction de se dire « c’est grâce à nous, les hommes de l’art »…

PROPOSITIONS « Le CHU s’est engagé dans une démarche d’amélioration continue de la qualité et de la sécurité des soins ainsi que d’évaluation des pratiques professionnelles » (26). Sachant que l’essence même du métier de soignant se base sur l’accueil, l’écoute, l’acceptation de l’autre tel qu’il est, le non-jugement, la façon de parler, la communication, etc… Il est nécessaire de pouvoir évaluer si les principes fondamentaux acquis en cours de la formation amenant au diplôme de soignant sont bien mis en application tout au long du cursus professionnel. Sachant que l’essence même de l’encadrement est de former aux mieux les étudiants… Il s’agit de se demander si ces « missions » dans la démarche de qualité sont bien atteintes ; Au niveau des usagers (ou dits patients), il existe un questionnaire intitulé « votre avis sur votre séjour ». il reprend la qualité de l’accueil, la disponibilité du personnel, le confort des chambres, la clarté des explications médicales… Ce questionnaire contribue par les réponses, remarques et suggestions à améliorer la qualité des prestations (annexe 1). Il existe également des fiches d’auto-évaluation des pratiques en hygiène hospitalière (annexe2). Quant au poids des préjugés, des jugements ou de la façon de s’exprimer, entre soignant/soigné ou soignant/soignant, il est difficile d’évaluer objectivement les effets néfastes qui nuisent à la qualité des soins. On pourrait s’inspirer du concept du client mystère, et former spécialement des soignants mystères qui pourraient faire remonter au service qualité du CHU leurs impressions positives ou négatives. A partir de là, des journées ou demi-journées de rappels (telles des piqûres de vaccins) sur les principes fondamentaux pourraient être organisées au sein des instituts de formation. La qualité des soins passe par le savoir-faire et la pédagogie des professionnels de terrain transmis aux stagiaires, ce qui constitue un des rôles clef de la profession de soignant. L’équipe accueillante n’a pas seulement un rôle de soignant, mais aussi de formateur. Le tuteur peut évaluer les acquisitions du stagiaire en se basant sur les compétences à acquérir consignées au préalable sur la feuille d’évaluation des compétences remis par l’institut de formation. Il n’existe pas comme pour les usagers de questionnaire destiné aux stagiaires concernant : « votre avis sur l’encadrement, le suivi de votre stage, et l’équipe soignante » qui pourrait également évaluer le service accueillant, et l’équipe soignante. Il est important d’observer les points forts et les points faibles des stages effectués par les apprenants, afin d’apporter des solutions qui permettront d’améliorer la formation technique et pratique, toujours dans l’objectif d’une meilleur qualité de soins à prodiguer. Le questionnaire pourrait-être remis au bureau des stages afin de déterminer l’efficacité des services accueillants des stagiaires et réajuster éventuellement. De la qualité de l’accueil, soit au niveau des usagers, soit celui des stagiaires, de la qualité de l’encadrement et de la formation dépend non seulement le présent mais également l’avenir de la profession !

CONCLUSION Les jugements, les préjugés, un mauvais accueil, une mauvaise communication, une mauvaise ou absence de transmission du savoir retentissent inconsciemment sur les relations. Ils entravent les rapports entre les patients et les soignants, ainsi qu’entre les soignants eux-mêmes. Ils nuisent à une bonne prise en charge des patients et à la qualité des soins. Chaque personne à son propre parcours, avec un réservoir d’expériences, de savoir, de compétences qui devraient se confirmer avec les années. Être acteur de son parcours c’est explorer ce réservoir pour en extirper le meilleur et permettre de continuer à évoluer et de faire évoluer les autres. Depuis le début de mon parcours professionnel, je découvre en permanence de nouvelles situations. Constamment je dois m’approprier de nouvelles procédures, de nouveaux langages, de nouvelles techniques… il faut les assimiler, les suivre pour en produire ce qui est attendu. Ces situations successives amènent à échanger, à développer, à partager, à apprendre et à entretenir une persévérance d’actualisation et d’évolution. Cette formation, ce premier stage, ce rapport me confirment qu’il faut sans cesse se remettre en question et des contraintes rencontrées faire des opportunités. « J’écris pour me parcourir »(27) afin de mieux comprendre les situations passées, de vivre le présent et mettre en perspective mon futur métier tout en restant authentique. Mais surtout une fois diplômée, et dans la « routine », je ne dois pas oublier l’essence même de ce métier.

Faut-il pour cela rester en formation toute sa carrière ?

BIBLIOGRAPHIE OUVRAGES Carl Rogers « le développement de la personne » InterEditons, Dunod, 2005 Erving Goffman, « Stigmate les usages sociaux des handicaps », collection le Sens Commun, les Editions de Minuit, 1975 Roger Mucchielli « Psychologie de la relation d’autorité », ESF Editeur, 1999

REVUES Revue Soins Cadre N°46 dossier « le pouvoir, un échange dans la relation », mai 2003 Revue Soins Aides Soignantes N° 29 dossier « le Tutorat », août 2009 Edition Elveser Masson

CHARTRE ET LIVRETS Charte d’accueil et d’encadrement des stagiaires paramédicaux au CHU de Nantes Réf 06-46-MO-FOR-001/V2, octobre 2010 Livret accueil du patient du CHU de Nantes « démarche de qualité » Livret Profession Aide Soignant, recueil des principaux textes relatifs à la formation conduisant au diplôme d’état, Sedi, dernière mise à jour juillet 2010 Livret bleu intitulé « Projet pédagogique des élèves aides soignants… » de l’IFMA promotion 2011/2012.

DICTIONNAIRES Le Nouveau Petit Larousse Illustré 16ème édition, collection « je sème à tout vent » 1963 Le Petit Larousse de la Médecine tome 1 réf. Larousse 1990 Le Nouveau Petit Robert, dictionnaire le Robert 2003 Dictionnaire des soins infirmiers, R Magnon, Maniec, Lyon 2000 Dictionnaire des soins infirmiers et de la profession d’infirmière, édition Masson sous la direction de G. Deschanoz, 3ème édition 2005

SITES INTERNET http://doccismef.chu-rouen.fr/servlets/Simple www.jamet.org/Reflexions/Philosophie/Relations.html http://www.evene.fr/citations